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Contactez-nousJEII : Analyse des dispositifs fiscaux existants, des risques de qualification et des enjeux budgétaires pour les dirigeants.
Manager en fiscalité de la recherche – France
Publié le: 11/02/2026
5 minutes de lecture
L’innovation à impact devient progressivement un sujet structurant pour les dirigeants. Le PLF 2026 introduit une reconnaissance spécifique de ce type d’innovation, mais l’impact reconnu par les pouvoirs publics reste encadré par un cadre juridique précis.
Voilà tout ce que vous devez comprendre des règles applicables, les critères réellement examinés et les implications en matière de pilotage et de conformité.
Issue du statute Jeune Entreprise Innovante (JEI), une jeune entreprise innovante à impact est une entreprise qui combine deux dimensions distinctes et cumulatives :
Autrement dit, une entreprise innovante à impact n’est pas simplement une entreprise « engagée » ou « responsable ». Son impact ne repose pas sur une intention ou un positionnement stratégique, mais sur des critères juridiques précis, notamment :
Dans le cadre des politiques publiques, l’impact reconnu par l’État est donc un impact juridiquement qualifiable, généralement rattaché au périmètre de l’économie sociale et solidaire et, le cas échéant, formalisé par l’agrément ESUS.
Le projet de loi de finances pour 2026 marque une étape importante dans la reconnaissance politique de l’innovation à impact. Il introduit un statut dédié aux jeunes entreprises innovantes à impact, souvent désigné sous l’acronyme JEII.
Cette évolution traduit une volonté claire de l’État d’orienter une partie des aides à l’innovation vers des projets alignés avec les objectifs de transition écologique et sociale. Pour autant, cette reconnaissance ne remet pas en cause les cadres juridiques existants et ne transforme pas l’impact en critère automatique d’éligibilité.
Pour les dirigeants, le signal est politique et stratégique, mais il s’accompagne d’exigences accrues de structuration.
Oui. Historiquement, cette reconnaissance repose sur le droit de l’économie sociale et solidaire, qui définit l’utilité sociale et les conditions dans lesquelles une entreprise peut être reconnue comme poursuivant un impact social ou environnemental, notamment via l’agrément ESUS.
Historiquement, l’impact est reconnu par le droit français à travers le cadre de l’économie sociale et solidaire. Concrètement, cela signifie que l’État ne reconnaît pas un impact sur la base d’une intention ou d’un positionnement, mais uniquement lorsqu’une entreprise remplit les conditions définies par la loi ESS.
Dans ce cadre, l’impact correspond à une utilité sociale objectivable. Cette utilité sociale est appréciée à partir de trois éléments indissociables :
L’utilité sociale peut notamment consister à soutenir des personnes en situation de fragilité, à lutter contre les exclusions ou les inégalités, ou à renforcer la cohésion sociale ou territoriale. Mais ces finalités ne suffisent pas à elles seules.
Pour être reconnue, l’entreprise doit démontrer que cette utilité sociale structure réellement son activité et son modèle économique. C’est précisément l’objet de l’agrément ESUS, qui permet de formaliser cette reconnaissance dans un cadre administratif opposable.
L’agrément « entreprise solidaire d’utilité sociale » constitue aujourd’hui le principal outil de reconnaissance formelle de l’impact.
Il permet à une structure d’être officiellement reconnue comme relevant de l’économie sociale et solidaire et poursuivant une utilité sociale. L’agrément repose sur un dossier instruit par l’administration, fondé sur des éléments concrets et documentés.
Pour un CFO ou un CEO, l’agrément ESUS constitue un repère clair et opposable. Il permet de distinguer un impact juridiquement qualifiable d’un impact simplement revendiqué.
Le statut JEII permet une exonération de cotisations sociales sur les salariés mobilisés sur des projets innovants à impact écologique ou social. Il prévoit également une exonération d’impôt sur les sociétés pendant vingt-quatre mois, avec un effet immédiat sur la trésorerie.
Le dispositif inclut enfin une réduction d’impôt de 40 % pour les particuliers qui investissent au capital de ces entreprises, afin de faciliter leur financement et d’orienter l’épargne vers des modèles économiques durables.
Toutes les entreprises ne peuvent pas être reconnues comme relevant de l’impact au sens juridique. Le cadre applicable repose sur l’économie sociale et solidaire et concerne un périmètre précis de structures, sous conditions strictes.
Concrètement, trois catégories d’entreprises peuvent être concernées.
Sont concernées de plein droit les structures dont la forme juridique relève historiquement de l’économie sociale et solidaire, telles que :
Pour ces structures, la question n’est pas l’appartenance à l’ESS, mais la capacité à démontrer que l’activité poursuit effectivement une utilité sociale et que celle-ci structure le fonctionnement économique.
Une société commerciale (SAS, SA, SARL, etc.) peut relever de ce cadre à condition de le formaliser explicitement.
Cela implique notamment :
Sans cette formalisation statutaire et économique, une société commerciale ne relève pas de l’ESS, même si elle se revendique « à impact ».
Certaines catégories d’organisations (par exemple dans les champs de l’insertion, du handicap ou de l’action sociale) peuvent bénéficier d’une reconnaissance spécifique prévue par la réglementation.Dans ces cas, l’analyse porte principalement sur le respect des conditions propres à cette reconnaissance.
La reconnaissance de l’utilité sociale repose sur des critères cumulatifs, examinés de manière structurée par l’administration.
1. L’activité
L’activité principale doit répondre à un objectif d’utilité sociale prévu par la loi, tel que le soutien à des publics en situation de fragilité, la lutte contre les exclusions ou le renforcement de la cohésion sociale ou territoriale. Cette analyse porte sur l’activité réelle, les bénéficiaires et le périmètre d’intervention, et non sur le discours.
2. Le modèle économique
L’entreprise doit démontrer que l’utilité sociale structure son fonctionnement économique. Cela suppose soit une part majoritaire des charges d’exploitation directement liée aux activités d’utilité sociale, soit une limitation volontaire de la rentabilité. Dans les deux cas, l’administration attend des éléments chiffrés issus du compte de résultat, éventuellement appuyés par une comptabilité analytique.
3. La politique de rémunération
La reconnaissance de l’utilité sociale implique une politique salariale encadrée. Des plafonds s’appliquent aux rémunérations les plus élevées afin de garantir la cohérence entre l’objectif poursuivi et la répartition de la valeur créée.
4. La gouvernance et le capital
Enfin, la structure du capital et la gouvernance doivent être compatibles avec la poursuite durable de l’utilité sociale, notamment en excluant des mécanismes de captation ou de spéculation incompatibles avec cet objectif.
L’impact reconnu par l’administration est un impact objectivable.
Le dossier impose :
Pour un CFO, cette étape est déterminante : l’impact se démontre à travers la structure des charges, la comptabilité analytique et la cohérence économique globale.
Ce cadre transforme l’impact en notion opposable. Sans reconnaissance ESS ou ESUS, l’impact reste un positionnement stratégique ou marketing. Avec ce cadre, il devient un élément structurant du pilotage de l’entreprise, reconnu par l’administration, les partenaires institutionnels et certains financeurs.
Pour les dirigeants, cela implique de considérer l’impact comme un sujet de gouvernance et de conformité, et non comme un simple argument de communication.
Un piège fréquent consiste à assimiler innovation et impact.
En pratique :
Le statut de jeune entreprise innovante à impact vise à rapprocher ces deux dimensions, mais il ne les confond pas. Leur articulation suppose une analyse distincte et une documentation rigoureuse.
Pour les dirigeants, la reconnaissance de l’innovation à impact implique :
L’impact devient alors un sujet de pilotage à part entière.
Plusieurs risques doivent être anticipés :
Ces points sont fréquemment à l’origine de difficultés lors de l’instruction des dossiers.
L’innovation à impact entre dans une phase de structuration. Elle ouvre des perspectives nouvelles, mais uniquement dans un cadre juridique précis et exigeant. Pour les dirigeants, la priorité est de comprendre ce cadre, d’aligner le modèle économique avec l’utilité sociale revendiquée et de sécuriser la reconnaissance de l’impact. Bien maîtrisée, cette approche peut devenir un levier stratégique durable ; mal cadrée, elle reste un discours sans portée opérationnelle.
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